mardi 27 janvier 2009

-Extrait-

RIEN : Qu’y a-t-il de plus jouissif que de s’arrêter de penser ? Cesser enfin ce flot débordant d’idées plus ou moins utiles ou plus ou moins importantes. S’arrêter de penser! Comme si on était mort tout en pouvant redevenir vivant. Etre le vide. Retourner aux origines suprêmes. N’être même plus quelqu’un qui ne pense à rien. Etre rien. Voilà une noble ambition.

SQUELETTE : Vaut-il mieux avoir le squelette à l’intérieur ou à l’extérieur du corps ?

Lorsque le squelette est à l’extérieur, il forme une carrosserie protectrice. La chair est à l’abri des dangers extérieurs mais elle devient flasque et presque liquide. Et lorsqu’une pointe arrive à passer malgré toute la carapace, les dégâts sont irrémédiables.

Lorsque le squelette ne forme qu’une barre mince et rigide à l’intérieur de la masse, la chair palpitante est exposée à toutes les agressions. Les blessures sont multiples et permanentes. Mais, justement, cette faiblesse apparente force le muscle à durcir et la fibre à résister. La chair évolue.

J’ai vu des humains qui avaient forgé grâce à leur esprit des carapaces « intellectuelles » les protégeant des contrariétés. Ils semblaient plus solides que la moyenne. Ils disaient : « je m’en fous » et riaient de tout. Mais lorsqu’une contrariété arrivait à passer leur carapace les dégâts étaient terribles.

J’ai vu des humains souffrir à la moindre contrariété, du moindre effleurement, mais leur esprit ne se fermait pas pour autant, ils restaient sensibles à tout et apprenaient de chaque agression.

Edmond Wells,

Encyclopédie du savoir relatif et absolu.